mercredi 24 mai 2017

Un alchimiste, dans les Contes de Canterbury

Le poète Geoffrey Chaucer (1340-1400), est l'auteur de ce qui semble être une satire de l'alchimie dans Les Contes de Canterbury.

Le Conte de l'Assistant du Chanoine, se situe à la fin du Fragment VIII, après le Conte de la Deuxième Nonne. À la fin de ce dernier conte, les pèlerins sont rattrapés par une paire de cavaliers : le Chanoine et son Assistant, qui désirent les accompagner dans leur pèlerinage vers Canterbury. L'Aubergiste demande au Chanoine de leur raconter une histoire, mais son Assistant prend la parole avant lui et révèle que son patron se pique d'être alchimiste. Le Chanoine tente de le réduire au silence avant qu'il ne révèle ses secrets, mais n'y parvient pas et prend la fuite, honteux.

Ce conte a toujours interrogé les alchimistes... Il est le seul des Contes de Canterbury qui ne soit pas issu d'un récit antérieur, mais entièrement imaginé et écrit par Chaucer. Beaucoup ont pensé que sous le couverts d'un conte, Chaucer racontait son savoir à ce sujet … De toute manière, ce conte reprend un savoir assez complet et vulgarisé qui était peu partagé et divulgué ainsi : un vocabulaire simple, et sans artifice symbolique... On y découvre les vicissitudes et les dangers du métier.

Dans le Conte, le valet commence alors le récit des sept années qu'il a passées auprès du Chanoine, à tenter de découvrir le secret de la pierre philosophale, en vain : aucune des techniques employées par son maître n'a jamais fonctionné.

(...)
«  Mais n’importe cela, parlons de nos travaux. Quand nous sommes au lieu où nous devons exercer notre lutinant métier, nous semblons merveilleusement sages, tant nous usons de mots savants et curieux. Moi, je souffle le feu jusqu’à ce que le cœur me faille.
Pourquoi vous dire ici toutes les proportions de toutes les choses avec quoi travaillons, comme de cinq ou six onces, peut-être bien, d’argent, ou telle autre quantité ; et pourquoi prendre la peine de vous réciter les noms d’orpiment, d’os brûlés, d’écaillés de fer, qui sont en poudre broyés bien menu ? Ni comment tout est mis en un pot de terre, avec du sel dedans, et du poivre aussi, avant ces poudres que je viens de dire, le tout bien recouvert d’une lame de verre, et moult autres choses qu’il y avait là ? Ni que le pot et le verre sont clos de mastic pour que de l’air rien ne passe dehors ?
Point ne parlerai du feu modéré, et du vif aussi, que l’on faisait, ni du souci et de la peine que nous prenions pour sublimer nos matières, et pour amalgamer, pour calciner le vif-argent, que dénommons Mercure cru !
Malgré tous nos tours nous ne pouvons aboutir. Notre orpiment et Mercure sublimé, notre litharge aussi broyée sûr le porphyre, de toutes ces matières un nombre d’onces précis, cela ne sert de rien, notre labeur est vain.
Ni non plus l’ascension de nos esprits, ni les matières qui restent au fond, ne peuvent à notre œuvre en rien profiter. Car tout notre labeur et travail est perdu ; et toute la dépense, de par tous les diables ! que nous avions risquée, perdue aussi.
Il y a en outre beaucoup d’autres choses, lesquelles appartiennent à notre métier ; pourtant ne puis les réciter dans l’ordre, pour ce que je suis un homme ignorant ; je les dirai comme elles me viennent en l’esprit, bien que ne les puisse ranger par espèces : ainsi le bol armoniaque, le vert de Grèce et le borax, et divers vaisseaux faits de terre et de verre, nos urinais, nos descensoires, fioles, creusets, sublimatoires, cucurbites et alambics aussi, et tant d’autres qui seraient chers au prix d’un poireau.
Pas n’est besoin de les réciter tous : eaux rougissantes et noix de galle, arsenic, soufre et sel armoniaque ; et d’herbes aussi j’en pourrais nommer beaucoup : l’aigrimoine, la valériane et la lunaire, et bien d’autres aussi, si je voulais tarder.
Dirai-je nos lampes brûlant jour comme nuit, pour faire aboutir notre art, si nous pouvons ? Et nos fourneaux aussi, pour la calcination, et pour l’albification du liquide, plâtre non dissous, chaux et glaire d’œuf, poudres diverses, cendres, fumier, urine, argile, sachets cirés, salpêtre, vitriol,
et feux divers, de bois et de charbon ; le sel de tartre, l’alcali, le sel préparé, les matières comburées et coagulées, l’argile avec du poil de cheval ou d’homme, et l’huile de tortre, l’alun, le verre, la levure, le moût, l’argoil, le résalgar, et l’imbibition de nos matières ; et aussi l’incorporation de nos matières ; et la citrination de notre argent, notre cimentation, notre fermentation, nos éprouvettes, lingots, et puis que sais-je encore ?
Je vais vous dire, ainsi que je l’appris aussi, les quatre esprits et les sept corps, dans l’ordre, comme j’ouïs souvent mon maître les nommer.
Le premier esprit est appelé vif-argent. le second orpiment, le troisième, pour sûr, sel armoniaque, soufre le quatrième.
Les sept corps, écoutez, les voici maintenant : Soleil est l’or, et l’argent nous l’appelons Luna ; nous nommons Mars le fer, le vif-argent Mercure. Saturnus est le plomb, Jupiter l’étain, et Vénus le cuivre, par la race de mon père !
Ce maudit métier, quiconque le veut exercer, il n’aura point de bien qui puisse lui suffire ; car tout le bien qu’il dépense à cela, il le perdra, de ceci je n’ai doute, Quiconque voudra mettre à l’air sa sottise, qu’il vienne et apprenne à multiplier ; et tout homme qui a quelque chose en son coffre,
qu’il apparaisse et se fasse philosophe.
Peut-être cette science est facile à apprendre ? Non, non, Dieu le sait, fût-il moine ou frère, prêtre ou chanoine, ou tout autre homme, quand il resterait nuit et jour penché sur son livre, à apprendre cette sotte et lutinante science, tout serait vain, et pardieu ! bien plus encore !
D’apprendre à un ignorant cette subtilité, fi ! ne m’en parlez pas, la chose est impossible ; qu’il connaisse l’art de lecture ou non, en fait pour lui cela reviendra au même ; car tous les deux, par mon salut ! aboutissent, dans la multiplication, également bien quand ils ont tout fini ; c’est à savoir, qu’ils échouent tous les deux.
Pourtant j’ai oublié de vous faire mention des eaux corrosives et de la limaille, et de la mollification des corps, et aussi de leur induration, des huiles, des ablutions et du métal fusible : à dire tout on passerait le plus gros livre qui soit nulle part ; aussi vaudra-t-il mieux que de tous ces noms-là je me repose. Car je crois bien vous en avoir appris assez pour évoquer un démon, tant fût-il revêche !
Ah ! non, laissons cela ! La pierre philosophale qu’élixir on dénomme, nous la cherchons tous ardemment, car si nous la tenions, alors nous serions saufs ; mais, au Dieu du ciel j’en fais l’aveu, malgré tout notre art, quand nous avons tout fait, et toute notre adresse, point ne veut nous venir. Elle nous a fait dépenser force bien, ce qui nous rend presque fous de chagrin, n’était le bon espoir qui se glisse en nos cœurs, toujours supposant, bien que nous souffrions dur, que nous serons par elle soulagés plus tard, espérance et supposition qui sont aiguës et fortes ; je vous en avertis, elle sera toujours à trouver.
Ce temps futur a poussé les gens à se séparer, en confiance, de tout ce qu’ils avaient.
Cependant dans cet art ils ne peuvent s’assagir, car il a pour eux une douceur amère ; ainsi semble-t-il, car s’ils n’avaient qu’un drap pour s’y envelopper durant la nuit, et qu’un couvre-dos pour se promener dans le jour, ils les vendraient pour les dépenser à ce mystère ; Ils ne savent pas s’arrêter, qu’il ne reste plus rien. Et toujours, en tout lieu où ils vont, on peut les reconnaître à leur odeur de soufre ; pour tout au monde, ils puent comme le bouc ! leur odeur de bélier est si chaude
qu’un homme qui serait à un mille de là, par leur odeur, croyez-moi, serait infecté ; ainsi donc, voyez-vous, par leur odeur et leur habit râpé, on peut, si l’on veut, reconnaître nos gens.
Et si l’on veut leur demander dans le privé pourquoi ils sont accoutrés si misérablement, aussitôt ils vous chuchoteront dedans l’oreille et vous diront que, s’ils étaient connus, on les tuerait en raison de leur science ; voilà comme ces gens trahissent l’innocence !
Laissons cela ; j’arrive à mon histoire : Avant donc que le pot ne soit mis sur le feu, avec certaine quantité de métaux, mon maître les tempère, et nul autre que lui, maintenant qu’il est parti, je puis le dire hardiment car, comme on dit, il sait habilement faire ; en tout cas je sais bien qu’il a tel renom ; souventes fois pourtant il tombe en faute ; or savez-vous comment ? bien des fois il arrive que notre pot se brise ! Adieu ! tout est parti !
Ces métaux ont si grande violence que nos murs ne sauraient leur faire résistance, à moins d’être bâtis et de pierre et de chaux ; ils percent donc et traversent le mur, et quelques-uns s’enfoncent dans la terre, ainsi avons-nous parfois perdu maintes livres et certains se répandent par tout le plancher, certains sautent jusqu’au toit ; sans nul doute, bien que le démon ne se montre pas à nos yeux, je crois bien qu’il est avec nous, ce mauvais-là !
Dedans l’enfer où il est le maître et seigneur, il n’est pas plus de douleur, ni de rancœur, ni de colère.
Lorsque notre pot est brisé, comme j’ai dit, chacun grommelle et se tient mal payé. L’un dit que c’était en raison du feu ; l’autre dit non, que cela dépend du souffleur, (et alors j’avais peur, car c’était mon office).
« Fi ! (dit le tiers), vous êtes ignorants et sots ; il n’a pas été trempé comme il devait l’être ! »
« Non (dit le quatrième), taisez-vous et écoutez-moi ; c’est que notre feu n’était pas fait de hêtre, voilà la raison, la seule, sur mes écus ! »
Moi, je ne saurais dire quelle était la cause, mais je sais qu’il y a grand débat entre nous.
« Allons ! (dit mon maître), il n’y a plus rien à faire, de ces périls dorénavant je me garderai ; je suis bien sûr que le pot était fêlé. Quoi qu’il en soit, ne soyez point abasourdis ; comme c’est l’usage, qu’on balaie aussitôt le plancher ; remettez-vous le cœur, soyez joyeux et contents ! »
Tous les débris sont balayés, mis en un tas ; sur le plancher on jette une toile, et tous les débris, mis dans un tamis, sont triés et passés maintes fois.
« Pardieu ! (dit l’un), un peu de notre métal est encore là, si nous n’avons pas tout ! Bien que l’affaire ait manqué cette fois, une autre fois elle peut réussir, il faut bien aventurer notre avoir ; un marchand ne saurait, pardieu ! toujours demeurer, croyez-m’en bien, dans sa prospérité ; parfois son bien est noyé dans la mer, et parfois il arrive sauf jusqu’à la terre ! »
« Paix ! (dit mon maître), la prochaine fois je m’efforcerai de mettre notre art en meilleure posture ; si je ne le fais point, mes sires, à moi le blâme ; il y eut faute en quelque point, je le sais bien. »
Un autre dit : « Le feu était trop chaud » ; mais, chaud ou froid, j’ose affirmer ceci, que nous terminons toujours de travers.
Nous manquons ce que nous voulions obtenir, et dans notre folie toujours délirons.
Et quand nous nous trouvons ensemble réunis, chacun de nous paraît un Salomon ! Mais tout ce qui reluit comme de l’or n’est pas de l’or, ainsi que je l’ai ouï dire ; ni toute pomme qui est belle aux yeux n’est bonne, quoi que les gens débitent et crient !
Il en va tout de même, voyez, parmi nous ; celui qui semble le plus sage, par Jésus ! est le plus sot, quand on vient à l’épreuve ; et qui parait le plus loyal est un voleur ; vous le saurez devant que je vous quitte, lorsque j’aurai conté jusqu’au bout mon histoire.
Explicit prima pars.
Et sequitur pars secunda.


Ensuite, le valet commence une autre histoire, celle de la tromperie d'un autre chanoine, qui fait croire à trois reprises à un prêtre naïf qu'il est capable de produire de l'argent à partir de mercure et de cuivre, et lui extorque quarante livres contre son prétendu secret.
(...)
La multiplication a tant dupé de gens que je crois bien qu’elle est, en bonne foi, la plus grande raison de cette disette d’or. Les philosophes parlent si brumeusement en ce mystère, que personne n’y peut rien entendre, malgré tout l’esprit qu’on a aujourd’hui. Ils peuvent bien jacasser comme font les geais, et mettre dans leurs grands mots leur plaisir et leur peine ; mais pour leur but, jamais ne l’atteindront.
On apprendra fort aisément, si l’on a quelque chose, à multiplier… et à perdre tout son bien.
Voyez ! ce joli jeu donne tant à gagner qu’il changera la gaieté d’un homme en chagrin, et videra aussi les bourses grandes et lourdes, en procurant aux gens les malédictions de ceux qui ont prêté leur bien pour cette fin.
Ô fi ! quelle honte ! Ceux qui furent échaudés hélas ! ne peuvent-ils fuir la chaleur du feu ?
Vous qui en usez, je vous conseille de cesser, crainte de perdre tout ; mieux vaut tard que jamais. Ne jamais réussir, c’est date trop lointaine. Quand vous chercheriez toujours, jamais ne le trouveriez ; vous êtes aussi aventureux que Bayard l’aveugle, qui s’en va au hasard sans considérer nul péril ; il est aussi hardi pour courir contre une pierre que pour passer à côté sur la route.
Ainsi va-t-il, encore un coup, de vous qui multipliez. Que si vos yeux ne peuvent pas bien voir, gardez que votre esprit ne perde pas la vue. Car si grands que vous ouvriez et écarquilliez les yeux, vous ne gagnerez pas un teston à ce métier, mais vous perdrez tout ce que vous aurez pu attraper et happer.
Écartez le feu, de peur qu’il ne brûle trop fort ; j’entends par là, ne vous mêlez plus de cet art, sinon, votre épargne sera perdue tout net.
Et maintenant je vais vous conter ici ce que les philosophes disent en la matière.
Voyez ! que dit Arnould de la Ville Nouvelle, comme est fait mention dans son Rosaire ? il dit tout droit, et je ne mens en rien, que nul homme ne peut mortifier Mercure, sinon avec le secours de son frère ; comment celui qui le premier dit cette chose, des philosophes était le père, Hermès; il dit comment le dragon, sans nul doute, ne meurt pas, à moins qu’il ne soit tué à l’aide de son frère ; et voici ce que cela vient à dire : par le dragon, c’est Mercure et nul autre qu’il entendait, et par son frère le soufre, qui tirent naissance de Sol et de Luna.
« Aussi (disait-il), prenez garde à mes paroles : que nul ne s’occupe à rechercher cet art, à moins que des philosophes il ne puisse comprendre l’intention et le langage, et s’il le fait, c’est un sot homme ; car cette science et cet art, disait-il, est celle du secret des secrets, par dieu ! »
Il était aussi un disciple de Platon qui une fois dit à son maître, comme son livre Senior en fera foi, et sa demande était, en bonne vérité :
« Dis-moi le nom de la pierre secrète ? » Et aussitôt Platon lui répondit :
« Prends la pierre qu’on nomme Titanos. »
« Quelle est-elle ? » dit-il. « C’est Magnesia », dit Platon.
« Oui da, monsieur, est ce ainsi ? C’est expliquer ignotum per ignotius.
Qu’est-ce que Magnésie, bon monsieur, je vous prie ? »
« C’est une eau qui est faite, te dis-je, des quatre éléments, » dit Platon.
Lors l’autre lui dit : « Dites-moi la racine de cette eau, si c’est votre plaisir. »
« Non, non (lui dit Platon), je n’en ferai rien, certes, les philosophes ont juré tous et chacun qu’ils ne la découvriraient à personne, et qu’ils ne l’écriraient jamais en aucun livre ; car à Christ elle est si précieuse et si chère qu’il ne veut pas qu’elle soit découverte, sauf où il plaît à Sa Divinité
d’inspirer l’homme, comme aussi de le protéger quand il lui plaît ; et là, c’est le dernier mot. »
Et je conclus ainsi : puisque Dieu dans le Ciel ne veut pas que les philosophes mentionnent comment on peut obtenir cette pierre, je tiens qu’il est mieux de la laisser là.
Car quiconque se rend Dieu adversaire en tâchant d’opérer chose contraire à son vouloir, certes, jamais il ne réussira, quand il multiplierait toute sa vie durant.
Ici mettons un point ; mon histoire est finie ; que Dieu soulage de son mal tout honnête homme ! Amen.
Ici finit le Conte du Valet du Chanoine.

A noter : en fin du chapitre III à propos d'une pierre mystérieuse, la magnetia, indispensable aux opérations alchimiques et que Chaucer baptise Titanos, nommant une chose inconnue par un nom plus inconnu encore... !
Chaucer raconte d'abord l'histoire d'un chanoine malchanceux dans ses recherches. Il semble sincère, et s'il met de côté une portion du métal fourni en commun, c'est pour renouveler séparément les tentatives. 
Dans la deuxième histoire, le faux alchimiste n'est qu'un fourbe ; et l'abbé un naïf avide d'argent...
Les pages de Chaucer sont considérées comme un document assez complet, et tout à fait ''lisible'' par tout un chacun, sur l'alchimie de cette époque... ! Les documents dont se serait servi Chaucer - ''le Secretum secretorum'', par exemple, le sont beaucoup moins...
Chaucer présente une telle compétence que des alchimistes eux-mêmes ont recopié le long discours du chanoine … Ils ont même affirmé que Chaucer lui-même aurait pu être un alchimiste.

Au début le chanoine craint que son valet puisse révéler des secrets qui ne doivent pas l'être... Ce qu manifestement il va faire …
Il reconnaît que cette science n'a pas rendu plus riche son maître … Aussi, le valet juge que les hommes qui semblent les plus sages sont les plus insensés...
Il semble également, que Chaucer pose une question : toute chose serait en perpétuel changement, et peut glisser d'un état à un autre. Le charbon peut devenir la pierre du philosophe, et, du fait de la tromperie du chanoine du conte, nous ne sommes jamais sûrs de la substance que nous examinons. Peut-on jamais dire ce que nous recherchons; peut-on savoir la différence entre le vrai et le faux?
Au début du récit, nous n'entendrons pas le chanoine ; il nous faut croire le valet... Le premier chanoine serait alors une figure à la frontière de la réalité et de la fiction... Est-il un homme merveilleux, ou un charlatan.. ?

Le Valet du chanoine mentionne spécifiquement que c'est '' l'intention '' du chanoine qui fait que son ''alchimie '' est fausse. C'est le désir du mal qui condamne le chanoine. 

dimanche 21 mai 2017

Roger de Laron et le ''Grand Oeuvre'' -13/.- L'Oeuvre au noir

Nous commençons à comprendre dans quelles conditions le dessein du ''Grand-Oeuvre'' a pu naître dans l'esprit de Roger de Laron. Après ces rencontres et influences des plus grands esprits de son époque, et sa rencontre avec ''Dame Margot'' ; le chevalier templier espère découvrir les secrets de la matière, donc de l'esprit.
Il faut bien comprendre que cette recherche alchimiste, intègre la similitude entre les mondes visible et invisible ; entre ce qui est en bas et ce qui est en haut ; entre la création et l'incréé …

La première étape, incontournable, consiste à tenter de savoir ce qui se passe dans le laboratoire de l'alchimiste... Il est essentiel de comprendre que l'alchimiste lui, insiste en même temps, sur ce qui se passe dans l'alchimiste lui-même, dans son âme... L'énergie nécessaire à l'expérience est, pour Roger, plus spirituelle que matérielle :
« Je vois que tu crois ces choses parce que je te les dis, mais tu n'en sais pas le pourquoi, en sorte que pour être crues elles n'en sont pas moins cachées. »
Aussi, n'est-il pas étonnant que les ouvrages qui décrivent l'alchimie, utilisent un vocabulaire symbolique... Soyons clair : si nous évoquons l'Or, le Graal, ou l'Arche d'Alliance ; nous ne faisons qu'évoquer un élément d'un mystère, avec pour seule capacité de pouvoir tourner autour de ce symbole, avec persévérance, humilité et émerveillement.

Observons, comme l'a fait Roger de Laron - en apprenti - les différentes opérations que tentent le maître alchimiste :
L'alchimiste commence par préparer, dans un mortier d'agate, un mélange intime de trois constituants.
Le premier, en proportion majeure ( 90 à 95%), est la matière première : un minerai ( par exemple) ou tout simplement de la terre... Attention ce n'est pas n'importe quelle terre, c'est une terre ''vierge'', avec toutes ses forces vives et dont le temps du ramassage est essentiellement astrologique ( sous le verseau, alors que la vie commence à naître …)... Dans le ramassage, intervient une participation profonde et globale de l'être. Ce moment est capital pour la réussite de l'expérience... A nos questions : l'alchimiste répond : «  C'est un moment insaisissable, inexplicable. Sans mode d'emploi. Sans rien … »
Le second peut être un métal : fer, plomb, argent ou mercure. Si notre matière primaire est la Terre, ce peut être un végétal, avec toutes ses forces vives ( cueilli dès l'aurore). Il est nécessaire de sentir la vie, vivre la communion, sentir gémir la plante, avec la plus extrême des sensibilités...
Le troisième est un acide d'origine organique : acide tartrique ou citrique. Pour ce qui est de la terre et du végétal, ce sera de la rosée : la rosée a le pouvoir de brûler !
L'alchimiste va broyer à la main et mélanger ces constituants durant cinq ou six mois. Ensuite, il chauffe le tout dans un creuset. Il s'agit de sécher à feu doux : ''brûler avec de l'eau et sécher avec du feu''.. Il faut répéter cette opération humectation-séchage une centaine de fois... Faire durer l'opération une dizaine de jours. Il doit prendre des précautions. Des gaz toxiques se dégagent : la vapeur de mercure, et surtout ( selon le minerai) l'hydrogène arsénieux qui a tué plus d'un alchimiste dès le début des travaux.
Éventuellement, encore dissoudre le contenu du creuset grâce à un acide. C'est en cherchant un dissolvant que nos alchimistes ont découvert l'acide acétique, l'acide nitrique et l'acide sulfurique. Cette dissolution doit s'effectuer sous une faible lumière solaire réfléchie sur un miroir, ou la lumière de la lune. On sait aujourd'hui que la lumière polarisée vibre dans une seule direction, tandis que la lumière normale vibre dans toutes les directions autour d'un axe.

L'alchimiste, ensuite, évapore le liquide et recalcine le solide. Il va recommencer cette opération des milliers de fois, pendant plusieurs années. Pourquoi ? Nous ne le savons pas. Peut-être dans l'attente du moment où seront réunies les meilleures conditions : rayons cosmiques, magnétisme terrestre, etc. Peut-être afin d'obtenir une « fatigue » de la matière dans des structures profondes que nous ignorons encore. L'alchimiste parle de « patience sacrée », de lente condensation de « l'esprit universel ».
On reproduit des milliers de fois la même expérience, mais en faisant chaque fois varier l'un des facteurs : proportions de l'un des constituants, température, pression, catalyseur, etc... Prendre note.
Pour l'alchimiste, de même qu'il n'y a pas deux âmes semblables, deux êtres semblables, deux plantes semblables, il n'y a pas deux expériences semblables.
Au bout de plusieurs années d'un travail toujours le même, de jour et de nuit, notre alchimiste finit par estimer que la première phase est terminée. Il ajoute alors à son mélange un oxydant : le nitrate de potasse, par exemple. Il y a dans son creuset du soufre provenant de la pyrite et du charbon provenant de l'acide organique. Soufre, charbon et nitrate... ! C'est au cours de cette manipulation que les anciens alchimistes ont découvert la poudre à canon.

En 1257, Roger Bacon, décrit la préparation de la ''poudre noire'' dans son ouvrage ''De Secretis Operibus Artis et Naturæ et de Nullitate magiæ.'' La poudre noire sera utilisée à titre expérimental pour la première fois sur un champ de bataille, à Crécy (1346) et provoquera une cuisante défaite à la chevalerie française.

Revenons dans notre laboratoire, et observons l'alchimiste tenter d’atteindre peu à peu le noir absolu. C'est une ''corruption'' lente et progressive. Dissoudre, puis calciner sans relâche durant des mois et peut-être des années, dans l'attente d'un signe. Sur la nature de ce signe, les ouvrages alchimiques diffèrent, mais c'est peut-être qu'il y a plusieurs phénomènes possibles. Ce signe se produit au moment d'une dissolution. Pour certains alchimistes, il s'agit de la formation de cristaux en forme d'étoiles à la surface du bain. Pour d'autres, une couche d'oxyde apparaît à la surface de ce bain, puis se déchire, découvrant le métal lumineux dans lequel semblent se refléter, en image réduite, tantôt la Voie lactée, tantôt les constellations.
Cette matière va devenir le nouveau support de l'expérience : la « tourbe des philosophes », ou « préparation des ténèbres »...

Le mélange est placé dans un récipient transparent, en cristal de roche, fermé de manière spéciale. On a peu d'indications sur cette fermeture, dite fermeture d'Hermès, ou hermétique. Le travail consiste désormais à chauffer le récipient en dosant, avec une infinie délicatesse, les températures. Le mélange, dans le récipient fermé, contient toujours du soufre, du charbon et du nitrate. Il s'agit de porter ce mélange à un certain degré d'incandescence en évitant l'explosion.
Le but poursuivi est l'obtention, dans le récipient, d'une « essence », d'un « fluide », que les alchimistes nomment parfois « l'aile de corbeau ».
L'alchimiste chauffe, laisse refroidir, chauffe à nouveau, et ceci pendant des mois ou des années, observant à travers le cristal de roche la formation de ce qui est aussi nommé « l'œuf alchimique » : le mélange changé en un fluide bleu-noir. Il ouvre finalement son récipient dans l'obscurité, à la lumière seule de cette sorte de liquide fluorescent. Au contact de l'air, ce liquide fluorescent se solidifie et se sépare.

Donc, notre alchimiste a ouvert son récipient de cristal de roche et obtenu, par refroidissement du liquide fluorescent au contact de l'air, un ou plusieurs éléments nouveaux. Il reste des scories. Ces scories, il va les laver, pendant des mois, à l'eau tridistillée. Puis il conservera cette eau à l'abri de la lumière et des variations de température.
Cette eau aurait des propriétés chimiques et médicales extraordinaires. C'est le dissolvant universel et l'élixir de longue vie de la tradition...

L'alchimiste se trouve donc maintenant en possession d'un certain nombre de corps simples inconnus dans la nature et de quelques flacons d'une eau alchimique susceptible de prolonger sa vie considérablement par le rajeunissement des tissus.

D'autres substances, nées de la manipulation alchimique, seraient plus surprenantes encore. L'une d'elles serait soluble dans le verre, à basse température et avant le moment de fusion de celui-ci. Cette substance, en touchant le verre légèrement amolli, se disperserait à l'intérieur, lui donnant une coloration rouge rubis, avec fluorescence mauve dans l'obscurité. C'est la poudre obtenue en broyant ce verre modifié dans le mortier d'agate, que les textes alchimiques nomment la '' poudre de projection '' ou '' pierre philosophale'' (capable d'assurer des transmutations de métaux vils en or, argent ou platine).


Ce texte a pour Sources : Le travail de l'alchimiste d'après Jacques Bergier, et les travaux de Armand Barbault ( alchimiste contemporain)

jeudi 18 mai 2017

Roger de Laron et les affaires du monde – 1300s.. -3/.-

Le XIIIe siècle est considéré comme le siècle de l'Alchimie. Plus tard, dès le XVe siècle, la richesse attirant plus que la connaissance, on pourra dénoncer quantité de charlatans … On pourrait évoquer aussi ( ce sera pour plus tard...) l'astrologie : pratique en cours chez les puissants ( clercs ou non...).
Auparavant, le pape XXII, - celui-là même, qui écrira deux traités alchimiques : ''L’Élixir des philosophes'' et '' l'Art Transmutatoire'' - , édictera la Bulle ''Spondent quas non exhibent'' ( le 20juin 1328), pour non pas s'en prendre aux alchimistes, mais aux imitateurs et aux faussaires.

Il est fascinant de se rendre compte de la pluralité d'origine des sources de la culture d'un lettré, en ce début du XIIIe siècle... Roger de Laron, qui a voyagé d'Aquitaine, à l’Angleterre, en passant (..!) par la Palestine, Chypre, la Sicile et l'Italie, en est un très bon guide... D'autant qu'il fréquente les Templiers, d'autant plus puissants qu'ils sont à la fin de leur influence officielle ; et qu'à compter de ce funeste vendredi 13 octobre 1307 ; ils devront cacher le contenu de leur connaissance …

Pour comprendre l'une des origines de leurs sources ; il faut revenir en arrière et s'embarquer pour le Moyen-Orient...

Roger de Laron a visité ces ''maisons de la Sapience'' ( Dar al-Hima) où étaient enseignées, l'astronomie, la médecine, .. et l'alchimie : des lieux de rencontre entre 'savants'. Les Chevaliers du Christ avaient accès à cette agora, tout comme les ''Harodim'' ( hébreux consacrés à la Kabbale), et des ismaéliens...

Saladin (d'origine kurde) réussit une coalition arabe ( Egypte, Syrie, Mésopotanie ..) sous l'étendard du calife de Bagdad.
On dit que la croix et le croissant étaient bien prêts de fraterniser … Geoffroy de Saint-Omer conduit de discrètes négociations, entre les Templiers et la secte des Ismaéliens.
Le franciscain Raymond Lulle, scolastique excentrique et vénéré fréquente assidûment les musulmans, au point sans doute d'être accessible à l'influence des sûfis (ismaéliens)...

Les disciples du ''Vieux de la Montagne'' (Hassan Sabbâh ) professent que Dieu, inaccessible à la pensée, ne peut se manifester que par la raison universelle. Les Templiers se sont rendus plusieurs fois dans la forteresse isolée d'Alamout, où se tenait le successeur du ''Seigneur de la Montagne''...
Les ismaéliens, pour se protéger, se considéraient comme un ordre ''occulte'', avec des grades et les templiers se reconnaissaient dans ce type d'organisation...
Parmi les principes communs des ismaéliens: la transcendance absolue du Dieu inconnaissable, qui instaure l’Intellect, le «Allāh» du Texte révélé.

« L’Ismaélisme est un groupe chiite qui naît au IXe siècle. L’Ismaélisme reconnaît l’autorité de l’Imam qui, après le prophète Muhammad, est le représentant de Dieu sur terre. L’imam est à la fois le leader spirituel et politique de la communauté.
Selon une “idéologie” médiévale très répandue à l’époque, au Moyen Orient comme en Europe, il y avait une compénétration harmonieuse entre les différents éléments de l’univers. L’ordre, et par-là la hiérarchie, devait être trouvé pareillement dans la structure des cieux, dans les organes du corps humain ainsi que dans la société. Une hiérarchie reflétait l’autre et l’on a souvent construit des parallèles entre les structures métaphysiques, théologiques et sociales...
L’Ismaélisme est un néoplatonisme, il consiste en un système hiérarchique servant à expliquer la relation entre l’Un et l’existence de la multiplicité. Au sommet de la hiérarchie se tient l’Un, transcendant et au-delà de la qualification. Il est suivi par l’Intellect et ensuite par l’Âme qui, en raison de son imperfection, est considérée comme la cause du monde matériel.
Seulement, l' Islam est une religion prophétique du salut... » et les érudits ismaéliens modifièrent le système néoplatonicien … mais cela devient très compliqué …. ! (cf : Dr. Simonetta Calderini - Senior Lecturer in Islamic Studies - Londres)

Après qu'en France, les templiers furent arrêtés. Le 13 mars 1313, le Grand Maître du Temple est brûlé vif.
Comme nous l'avons vu ; nombreux templiers se réfugient sur l’île britannique. Parmi eux, Guidon de Montanor, qui instruit dans l'art alchimique Gaston de la Pierre Phoebus...

Jacques Duèze, né à Cahors en 1244, évêque d'Avignon, cardinal de Porto ; grand théologien et savant, est élu pape ( Jean XXII) le 7 août 1316 à Lyon. Il s'établit dans son ancien évêché à Avignon. Il doit faire face à Philippe le Bel, qui lui dispute l'indépendance de l'Eglise...

Le 17 novembre 1316, un groupe de ces ex-Templiers rencontre Jean XXII... L'accueil et froid, et ils craignent pour leur sécurité... Puis, ils évoquent Arnaud de Villeneuve (1235-1311 ) alchimiste, médecin appelé par Clément V pour le soigner de la gravelle, et son ouvrage '' Traité de la pratique de la Médecine'' que Clément V (et son successeur) souhaitait tant posséder … Alors, Jean XXII leur propose de les héberger, en échange de leur science... Le Pape se propose même d'écrire une règle pour un nouvel ordre.
A la mort de Pierre Phoebus, Jean XXII propose son neveu Jacques de Via pour lui succéder.
Le 6 mai 1317, Jacques de Via meurt empoisonné et son oncle y échappe de justesse. Les deux empoisonneurs sont deux prélats dont l'évêque de Cahors, et un médecin...

Et, en 1323, donc, Jean XXII - ayant lui-même échappé de justesse à des envoûtements et des empoissonnement ( mais non pas son neveu Jacques de Via ) condamne à propos de l'exercice de la science alchimique, de nombreuses thèses jugées hérétiques. La même année il canonise Thomas d'Aquin, adepte de l'alchimie...

lundi 15 mai 2017

Roger de Laron et les affaires du monde – 1300s.. -2/.-

Le premier fiancé de Catherine de Courtenay est Jacques de Majorque (1274 – 1300), son père est le roi de Majorque. Il renoncera à la couronne pour devenir franciscain en 1299. 
En effet, il rencontre – et sera un proche - de Pierre de Jean Olivi (1248-1298) un théologien franciscain qui a eu une influence considérable sur les Franciscains du Languedoc et prône une spiritualité exigeante ... Il est également impressionné par l'alchimiste Raymond Lulle (1232-1316) ( né à Majorque, et qui rejoint les franciscains en 1295 ) et tous – ainsi que Roger de Laron et Arnaud de Villeneuve - se retrouveront à Montpellier... Mais avant, cela Catherine et Jacques vivent l'amour parfait... avant d'être séparés. Et, Jacques préférera renoncer à la succession de son père, pour devenir franciscain...
En 1294, Catherine de Courtenay se rend à la cour de Philippe IV le Bel où elle lui prête hommage pour les terres qu'elle possède en France.
Elle revoit Arnaud de Villeneuve (1240-1311, médecin, théologien et alchimiste) , qui lui prédit un mariage avec celui qui restaurera le Royaume de Jérusalem... !

Arnaud de Villeneuve (1240-1311): illustre alchimiste, médecin et théologien Catalan... 
En plus d'une œuvre médicale innovante, il est l'auteur de nombreux opuscules religieux qui plaçaient dans une perspective apocalyptique l'objectif d'une réforme radicale de l'Église. Formé chez les dominicains, il finit par rompre avec eux pour se rallier aux thèses des Béguins et des frères Spirituels des franciscains, prophétisant l'imminence des fins dernières et l'annonce d'un schisme violent divisant vraie et fausse Église.
Formé par les dominicains et par Ramón Martí (Raimond Martin) qui l'initie aux études hébraïques, il est après les années 1290, très influencé par les idées de Pierre de Jean Olivi, un franciscain « spirituel » réclamant un respect rigoureux de la règle de pauvreté de l'ordre franciscain. Il écrit un opusculen annonçant l'arrivée prochaine d'une part d'un Pape angélique qui effectuerait la réforme de l'Église et d'autre part de l'Antéchrist. Ses prises de position le conduisirent à rompre avec les frères Prêcheurs (dominicains) et à sa rapprocher des Mineurs (franciscains).
Il soignera à l'occasion le pape Boniface VIII qu'il soulage (en 1301) de la gravelle grâce à un sceau d'or astrologique.
Arnaud a l'intuition que c'est Frédéric de Sicile qui est prédestiné à coopérer avec le pape angélique comme le coopérateur de la réforme de l’Église et de la croisade pour reconquérir Jérusalem et l'ensemble de la Terre sainte...

En juin 1295, Catherine est fiancée à Frédéric d'Aragon (1272-1337) qui deviendra Roi de Sicile... ! Malheureusement, Catherine est dans le ''mauvais camp''... Frédéric deviendra Roi de Sicile, contre les ''angevins'' ( les protecteurs de Catherine...) à qui il fait la guerre pour l'accession à ce trône... Catherine n'étant – pour les angevins - qu'un ''cadeau'' d'échange... Mais ce sont les siciliens eux-mêmes qui refusent l'arrangement proposé par le pape Boniface VIII ; et proclament Fréderic II, roi de Sicile ( le 11 décembre 1295). Catherine est ''rendue'' à l'envoyeur... !
Aussi, Catherine est à nouveau fiancée ; et mariée – cette fois-ci -à Charles de Valois , fils du roi Philippe III de France, le 23 avril 1301.
Veuf depuis la mort de Marguerite d'Anjou l'année précédente, Charles se cherche une nouvelle épouse … et trouve un excellent parti en la personne de Catherine de Courtenay, princesse pauvrement dotée mais héritière en titre de l'Empire latin de Constantinople en tant que petite-fille du dernier empereur latin Baudouin II de Courtenay.

Certes l'empire a disparu depuis la prise de Constantinople par Michel VIII Paléologue en 1261, mais ces prétentions peuvent servir à justifier des expéditions en Méditerranée orientale. L'affaire se conclut rapidement entre Charles et les Courtenay, à l'avantage des deux partis.
Toutefois, le comte a besoin pour se remarier de dispenses pontificales que le pape Boniface VIII va marchander...
Le souverain pontife cherche en effet à pacifier ses États ainsi qu'à chasser les Aragonais de la Sicile. Boniface VIII propose à Valois de reconquérir l'île au profit du roi de Naples Charles II d'Anjou, son ancien beau-père. Contre une décime et d'autres garanties financières, Charles accepte de se rendre en Italie.
Toutefois, il a soin de retarder son départ, le temps d'obtenir l'argent pontifical et de célébrer son mariage avec Catherine le 28 janvier 1301.
Moyennement intelligent, démesurément ambitieux et passablement avide, Charles de Valois collectionne les principautés. Il intrigue toute sa vie pour accéder à la Couronne de France sans y parvenir. Charles fut ridiculisé lorsqu'il entreprit de conquérir l'Aragon (1285). Son frère ( Philippe IV) devient roi, qui le fait comte d'Anjou, et lui offre l'hôtel de Nesle...

La guerre menée par Charles de Valois contre Frédéric d'Aragon et ses partisans siciliens donna ensuite, en vérité, une idée fort médiocre des capacités du Prince français...

vendredi 12 mai 2017

Roger de Laron et les affaires du monde en 1300s -1/.-

Je voudrais revenir à des faits historiques, qui vont me permettre de situer l'action de Roger de Laron, entre la prise de saint-Jean d'Acre en 1291, date qui marque la fin de la présence des Templiers en Terre Sainte ; et le 13 octobre 1307: arrestation des templiers de France par Philippe le Bel...

En effet ce 12 octobre -la veille -, Jacques de Molay ( Grand Maître de l'O. des Templiers) marche - à une place d’honneur - dans une procession à l'occasion des funérailles de Catherine de Courtenay (1274-1307), épouse de Charles de Valois, le propre frère du roi, tenant l'un des draps mortuaires. D'autres responsables des Templiers, habituellement basés à Chypre, sont également à Paris ce jour-là.

Catherine de Cortenay me donne le fil qui va me permettre de parler du rêve de rétablir le Royaume latin de Jérusalem, du roi de France Philippe le Bel, de sa femme Jeanne de Navarre, des papes Boniface VIII, et Clément V, et de plusieurs alchimistes... En effet, Roger de Laron va fréquenter de près – mais en toute discrétion - ces souverains de ce début du XIVème siècle...
Comment cela peut-il se faire ?
Même si ce n'est, qu'après la mort de son épouse ''Dame Margot'' , que sa réputation d'alchimiste est effective.... peut-être, possédait-il comme tous les alchimistes – dit-on dans les légendes - le pouvoir d'être en plusieurs lieux successivement et rapidement....
Cela nous renvoie, avec humour, au conte de l'article précédent, à propos de l'alchimiste Roger Bacon (1214-1294)...

Catherine de Courtenay, est Impératrice ''titulaire'' de Constantinople, par ''héritage'' de son père...
Pourquoi ''Titulaire''... ? Que c'était-il passé ?
Le 25 juillet 1261,  l’empereur de Nicée, reprend Constantinople aux Latins, met fin à l’empire latin de Constantinople et restaure l’empire byzantin. Baudouin II et ses descendants ne portent plus qu’un titre : Empereur ''Titulaire'' vide de sens. Mais , un titre auquel les templiers étaient attachés... Depuis, ils n'ont de cesse de chercher à le restaurer...

Catherine grandit et vit en Sicile : pupille de la reine de Sicile. Chassée comme tous les français, elle suit la veuve de Charles d'Anjou ( roi de Sicile) : Marguerite de Bourgogne-Tonnerre à Tonnerre en 1287, en compagnie de Marguerite de Brienne Beaumont (1260 - 1328), veuve de Bohémond VII, Comte de Tripoli.( mort en 1287)..
Ces dames résident au château de Tonnerre et s'occupent - dit-on - à des exercices de prière et de charité ; tout en recherchant pour la belle et intelligente Catherine, un époux digne de son titre...
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Illustrations tirées de l'ouvrage de l'italien Boccace (1313-1375): le traité 'De claris mulieribus', qui devient par la plume d'un traducteur français qui acheva son travail de traduction à Paris le 2 septembre 1401, le livre 'Des cleres et nobles femmes' ou 'Des femmes nobles et renommées'. Les illustrations sont de Robinet Testard, artiste enlumineur actif entre 1471 et 1531 à Poitiers et Cognac.


De mulieribus claris (en français Sur les femmes célèbres ou Des dames de renom) est une collection de biographies de femmes historiques et mythologiques écrites par l'auteur florentin Boccace, publiée en 1374. Cette collection se distingue par le fait qu'elle est la première dans la littérature occidentale comprenant exclusivement des biographies de femmes. Boccace la rédige dans sa vieillesse entre 1361 et 1362.















mardi 9 mai 2017

Roger Bacon - Alchimiste - Conte.

Roger Bacon est un moine franciscain né en Angleterre en 1214 à Ilchester dans le comté de Somerset, élève d'Albert le grand, et alchimiste.
Non conformiste, Bacon s'attaque à toute autorité, autant à celle de l'Eglise, qu'à celle des philosophes, tels qu'Aristote...
C'est un grand expérimentateur scientifique ; et à cette époque, il ne trouve rien de mieux que d'entrer dans les ordres, pour continuer l'étude...
Pour Bacon, « aucun discours ne peut donner la certitude, tout repose sur l'expérience »
On a retrouvé dans ses écrits, des considérations étonnantes relatives à des voitures sans chevaux, des machines volantes, des bateaux pouvant naviguer sous l'eau...etc

Le maître général des Franciscains, Jérôme d'Ascoli (qui sera le pape Nicolas IV en 1288), le condamne vers novembre 1277 et interdit son œuvre chez les franciscains. Il fait de la prison entre 1277 et 1279 et meurt à Oxford le 11 juin 1294.
De 1295 à 1310, la législation des franciscains interdit les livres d'alchimie et de magie...

Les visiteurs de Bacon racontent qu'il vit dans un véritable capharnaüm, même si le vieux savant déniche avec rapidité l'ouvrage désiré parmi l'amoncellement des volumes ouverts...
Il est si vif et si précis dans ses gestes qu'il parait se livrer à quelque tour de passe-passe, et cela n'a fait qu'alimenter les rumeurs relatives à ses travaux et à ses pouvoirs qui se sont répandues dans les milieux savants, d'Oxford à Paris et jusqu'à Bologne
Bien qu'il soit franciscain, et de ce fait peu suspect de se livrer à des œuvres impies, la rumeur l'accuse de sorcellerie. On prétend même que le roi lui-même aurait assisté à des opérations magiques, et on en précisait les circonstances...

Un jour, alors que Bacon travaillait dans son laboratoire, on avait frappé à sa porte, et il avait vu entrer un jeune homme ayant fort bon air, dont le surcot s'ornait du blason des Plantagenêt et dont les chaussures aux extrémités ridiculement pointues sacrifiaient à la mode du temps.
Le messager avait jeté un regard dédaigneux sur la pièce encombrée qui sentait le renfermé, puis il avait annoncé sèchement à Bacon que le roi Edouard, se trouvant en visite chez un gentilhomme du voisinage, désirait assister à une démonstration des pouvoirs du savant moine.
Celui-ci ne pouvait que déférer au désir royal, mais il dit au page avant que celui-ci ne sorte: «Je partirai d'ici après vous, mais j'arriverai deux heures avant. »
Comme la distance à parcourir était d'une bonne lieue et que la paisible mule du moine ne pouvait se mesurer au fringant destrier du messager, le jeune homme eut un haussement d'épaules.
« Autre choser, ajouta Bacon avec un sourire malicieux. Je peux vous dire le nom de la jeune fille avec qui vous avez passé la nuit. Mais je le ferai un peu plus tard ».

Le messager répliqua que tous les savants étaient des menteurs et il se retira. Bacon sourit, prononça une formule magique, et en un laps de temps très bref il se présenta au château ou résidait le roi.
Celui-ci l'accueillit aimablement, vanta son savoir et lui demanda un aperçu de ses pouvoirs de magicien. Tout d'abord Bacon se récusa avec modestie, disant qu'il y en avait de plus puissants que lui. Puis il se déclara prêt, en humble sujet du roi, à lui apporter la preuve de ses modestes talents.
Il tira une baguette de coudrier des replis de ses vêtements. Le roi, la reine, les seigneurs et les dames de la cour firent cercle autour de lui pour le voir opérer.
Bacon leva sa baguette. Des pierres des murs et des dalles du sol, de la trame des tapisseries et des poutres du plafond parut irradier une mélodie envoûtante tenant du cantique, de l'aubade et de la sérénade, une cascade de sons harmonieux qui étaient un enchantement pour l'oreille et dont l'harmonie ravissait le cœur. C'était un écho de la musique des sphères, du chant émanant des astres dans leur course immuable. Il remplissait l'espace. Les murmures s'étaient tus.

Tout le monde avait fait silence, Puis le son diminua d'intensité, et Bacon dit : « Ceci était pour l'agrément de l'ouïe de Vos Seigneuries. Voici à présent pour les autres sens. » Il leva de nouveau sa baguette.
La musique changea de caractère et prit le rythme allègre propre aux danses villageoises.
Cinq personnages apparurent au centre de la salle, d'abord évanescents comme des ombres, puis de plus en plus nets. Quand ils furent entièrement matérialisés, ils formaient un contraste frappant d' un bouffon de cour et une blanchisseuse dansèrent une gigue, tandis qu'un bossu portant la calotte et la robe noires de l'usurier se mit à agacer l'assistance.
Un valet sortit du néant, un sourire sarcastique aux lèvres, ses chausses faisant des plis sur ses jambes maigres. Il repoussa l'usurier vers un gros chevalier portant moustache et d'une élégance voyante.
Cependant, l'apparence des danseurs se modifia peu à peu. Ils perdirent leur air arrogant, vaniteux et grotesque, leurs corps se redressèrent, et la maladresse de leur maintien se changea en élégance et en agilité Ils se mirent à virevolter, sauter comme des dauphins joueurs, légers comme des oiseaux sillonnant la nue. Finalement, toujours dansant, ils se fondirent en une colonne de fumée qui se dissipa rapidement.
Ils avaient rejoint les sphères éthérées, fuyant notre monde sublunaire. Mais la mystérieuse musique continua de dérouler ses arpèges. Les courtisans étaient toujours en transe, figés comme des statues, les chiens de la meute royale restaient tranquilles et silencieux, et les faucons immobiles sur leurs perchoirs. Sur une fenêtre, un papillon, les ailes accolées, ne bougeait mie.
Bacon leva sa baguette une nouvelle fois, et voilà que surgit du sol une grande table à tréteaux chargée de fruits délicieux, pêches et grenades, fraises, abricots et framboises.
Le moine brandit derechef sa baguette, suscitant un arc-en-ciel de parfums rares, qui se mêlèrent aux accords musicaux pour composer un savant bouquet de senteurs mélodieuses.
Puis le magicien paracheva cette symphonie de sons, de saveurs et d'odeurs en créant une illusion s'adressant au sens du toucher, se frayant un chemin à travers la foule des courtisans fascinés, apparut un groupe de marchands de Moscovie et du Cathay portant des monceaux de fourrures précieuses - hermine, zibeline et renard.

Finalement, Bacon rangea sa baguette dans les plis de son ample vêtement et attendit. Les pelletiers sortirent, les fruits tremblèrent, s'estompèrent et disparurent. Les parfums se dissipèrent, et la musique se réduisit à une seule note qui résonna comme le frêle écho d'une cloche d'argent.
Le roi et son entourage parurent s'éveiller d'un songe. Les lévriers se mirent sur leurs pattes en gémissant. Les faucons s'agitèrent sur leurs perchoirs, faisant tinter les minuscules clochettes fixées à leurs pattes. Sur la fenêtre, le papillon s'envola.
A ce moment, le messager du roi pénétra dans la grand'salle en trébuchant et dans un triste état. Il était crotté jusqu'aux oreilles, son beau surcot tout déchiré et trempé, et ses élégantes chaussures pointues couvertes de boue. Son cheval avait soudain pris peur et l'avait emporté dans une course folle à travers tous les halliers, les bourbiers et les ruisseaux de la contrée, et il ne décolérait pas. Les dames de la cour s'écartaient précipitamment sur son passage.
Il se dirigea d'un pas furieux vers Bacon, marmottant qu'il y avait quelque diablerie là-dessous. Mais le moine lui dit calmement : « J'étais ici avant vous, comme je vous l'avais promis. Et je vous ai promis aussi de vous aider dans vos amours, n'est-il pas vrai ? » Il alla vivement vers un passage dissimulé par une tenture qu'il écarta d'un geste brusque.
Sur le seuil se tenait une fille de cuisine aux formes plantureuses, aux vêtements tachés de graisse, et toute rouge de confusion. Elle tenait à la main une louche.

La prochaine fois, veillez à ne pas traiter les savants de menteurs, fit le moine. Il s'inclina devant le roi et sortit, tandis que s'élevait une tempête de rires, que la pauvre fille s'empêtrait dans sa révérence, et que le messager balbutiait de confuses explications sur la présence en ces lieux de sa dernière et peu reluisante conquête.
Sources: Sorcières et Magiciens de Brendan Lehane

samedi 6 mai 2017

Roger de Laron et le ''Grand Oeuvre'' -12/.-

Nous avons longuement décrit La '' Dame'', des lettrés, des gens d'ici, et de Roger de Laron.. 
Le troubadour se doit d’acquérir la nécessaire blancheur pour pouvoir courtiser la dame et, l'alchimiste pour ''courtiser'' la matière...
Nous pouvons, à présent, revenir au ''Grand Oeuvre'' alchimique...

Commençons par la fabrication du verre...
Coeur de verre - Herzog
Roger de Laron s'est essayé à la fabrication d'une roche de verre proche du rubis... Un ouvrage précieux : '' La Somme de perfection suprême'' et la possession et quelques gouttes d' ''eau royale'', lui ont permis de dissoudre de la poudre d'or avec du chlorure d'étain, dans des proportions extrêmement précises... La couleur recherchée est jugée inaccessible, et il faut reproduire certains gestes des milliers de fois avant d'obtenir une parfaite régularité du mélange...
Cette recherche sur des verres aux beautés inaccessibles est un exercice fondamental pour approcher la matière, et tenter de la comprendre...

Dans un ouvrage, comme l' Historia de preliis du clerc Léon de Naples (Xe siècle) : Alexandre le Grand ( grand héros au Moyen-âge) se fait construire un vaisseau en verre, les ''meilleurs verriers'' qu'il trouve sont en fait de sages et habiles alchimistes : seuls à savoir faire un verre d’une transparence et d’une solidité parfaites.
A 15th-century French manuscript illustration
showing Alexander in a cage that is lifted
into the air by six griffins
Cette métaphore sera utilisée plus tard : à la fin du ''Novum lumen'' (1604), l'auteur, fait référence à une métaphore de la ''Turba philosophorum'' où « l’eau » désigne la pierre philosophale, il écrit : « Qui donc fera une pareille eau ? Je le dis à coup sûr : celui qui sait faire le verre. » L’allusion au verre s’explique par le fait que l’auteur parlait initialement d’une « cendre » qui doit aboutir à la pierre philosophale : de même qu’on passe des cendres au verre, on passera de cette matière à la pierre philosophale. L’alchimiste est ainsi celui qui sait faire le verre.

A comparer avec la magie des sorciers, l’alchimie est ici en Limousin presque récente... Il a fallu attendre le milieu du XIIe siècle pour connaître les premières traductions latines de traités d’alchimie arabe. C'est à partir d'un ouvrage , comme le Tristan de Gottfried de Strasbourg (donc à partir des années 1210 à 1220) que l'alchimie se fait connaître … L'Alchimie n'est pas encore considérée comme hérétique, et n'a pas besoin de se cacher...

Si l'on demande à Roger de Laron, où et comment il s'est procuré les quelques ouvrages qui lui ont permis d'accéder à certaines connaissances : il répondrait
'La fontaine de jouvence' par Giacomo Jaquerio
  • - On m'a évoqué une mystérieuse fontaine, close de murs, où un roi se baigne et rajeunit.
Roger s’y rend, et trouve l’endroit « assez estrange a veoir par dehors ; et sembloit bien que l’un des vielz chevaliers de Parceforests eust la, apres tous ses labeurs, esleu et choisi repos par fentaisie ».
Là, il trouve un vieillard « qui monstroit plus avoir hanté l’art militaire que l’estude ».
Celui-ci lui fait visiter le château :
  • « Si me mena premier en la basse court, assez longue, au meillieu de laquelle estoyent encores les vestiges et fractures d’un parron selon et a la mode des faitz chevalleureux de la Table ronde... » . Puis vient une chapelle où a été peinte la création du monde, mais aussi « Saturne au hault d’ung coing despaint selon sa nature, puis Mercure joinct au Soleil et la Lune a l’opposite tendant la main hault, et autres speculatives figures difficiles juger a l’œil ».
  • Roger demande « s’il y avoit point de librairie leans ».
  • Le vieillard lui répond qu’il y a bien, tout en haut, « quelques livres du temps de l’oncle de son grant pere ». Il y a là des livres de théologie, de décret et de droit civil, d’art oratoire, et des « histoires, croniques et romans comme la Table ronde, Merlin et Melusine ». Il s’y trouve aussi des livres de philosophie, « comme de Platon, Anaxagoras, Socrates, Diogenes, Pitagoras, Democritus, et toute la Phisique d’Aristote ».
  • Au moment de quitter la pièce, Roger aperçoit, « derriere l’uys, ung trou sus lequel estoit paint une teste de mort avec ses oreilles ». Dans ce trou, il découvre « ung livret fort viel, plus relié d’yraignes et de pouldre que d’aultre couverture » : c’est le livre de La Complainte de Nature, qui porte la mention suivante : « ce livre ne fut jamais veu que de moy et l’a escript ung esperit de terre et soubz terre. »
Extraits de : Les Remontrances (ou Complaintes) de la Nature à l'Alchimiste errant, a été attribué à Jehan de Meung (1240-1315), co-auteur (avec Guillaume de Lorris) du célèbre Roman de la Rose.
Ci-dessous, seule illustration de l'ouvrage


Sources : Les Complainte de Nature de Jean Perréal ; et Présence et absence de l’alchimie dans la littérature romanesque médiévale, de la Renaissance et de l’âge baroque - Didier Kahn